Stéphane Le Foll, bilan d’un quinquennat au Ministère de l’agriculturePublié le 15 février 2017 par Isabelle DELOURME

Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt

Ministre en charge de l’agriculture depuis 2012, Stéphane Le Foll a fait le « bilan » de son quinquennat le 13 février 2017 lors d’une rencontre organisée par l’AFJA (Association Française des journalistes agricoles, de l’alimentation, de l’environnement et de la ruralité), au Ministère de l’Agriculture.

 

« Avec l’Agroécologie, je pense que j’ai réussi à faire changer un état d’esprit. J’espère qu’il sera irréversible » a résumé Stéphane Le Foll. Ardent défendeur d’un modèle de production axé sur la double performance économique et écologique, Stéphane Le Foll, en dépit de la résistance de certains acteurs chez les agriculteurs et les fournisseurs d’intrants, s’est mobilisé pour engager un processus de production plus économe. Créateur des Certificats d’économies de produits phytos, des GIEE (Groupements d’intérêt économique et environnemental), et des fermes DEPHY qui rassemblent près de 2 000 fermes engagées dans une démarche volontaire de réduction de l’usage des produits phytosanitaires, Stéphane Le Foll s’est également félicité des changements en œuvre dans l’enseignement agricole.

 

Ministre de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans une économie de marché, Stéphane Le Foll s’est trouvé confronté à de graves crises agricoles d’origine régionale, nationale, européenne ou mondiale.  Quelle est dès-lors la marge de manœuvre d’un ministre lorsque en un an, le prix des céréales fixé à Chicago passe de 300 €/t à 165 €/t, que le prix du lait français est orienté par les enchères Fonterra en Nouvelle Zélande, ou que le marché chinois se retourne. « Dans un marché dérégulé, on renvoie sur le ministre des responsabilités qui ne sont pas les siennes » a-t-il néanmoins fait remarquer en ciblant la grande distribution, mais pas seulement. Sur le lait, Stéphane Le Foll a encore regretté de n’avoir pu convaincre plus tôt 5-6 grands pays producteurs de lait, dont l’Allemagne,  de suivre sa politique de réduction de la production, ce qui aurait pu éviter d’avoir encore aujourd’hui 300 000 tonnes de poudre de lait en stock, en dépit de la réduction d’1 Mt de lait. « Mais convaincre 26 pays, cela prend du temps » a-t-il constaté.

 

Ministre de l’agroalimentaire, Stéphane Le Foll, a reconnu le problème de baisse de la compétitivité du secteur agricole et agroalimentaire dans l’Europe d’aujourd’hui. « Le pacte de responsabilité et de solidarité, est venu compléter le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) pour sauver des emplois et donner des capacités d’investir aux entreprises » a-t-il indiqué, en évaluant ces allégements du coût du travail et de la fiscalité des entreprises agricoles et agroalimentaires d’ici la fin 2017 à 2,3 milliards d’€ par rapport à 2012.

 

Artisan de la mise en œuvre de la PAC, Stéphane Le Foll s’est souvenu de la fracture du débat européen entre les pays partisans des élevages industriels (All, PB, DK, GB) qu’il nomme «  la banane bleue » et la vingtaine de pays plus attachés à des élevages liés au territoire ou « banane verte ». « C’est cette majorité qui a fonctionné car l’Allemagne ne voulait pas d’aide couplée. Pour l’avenir, je pense que la stratégie de la « Banane Verte » est une bonne stratégie pour la France. Avec la Grande Bretagne qui sort de l’Union, elle permet de lier la PAC (35 milliards d’euros) à la politique de cohésion (25 milliards d’euros) et de matérialiser la politique européenne.

 

Le ministre a aussi tenu à mettre en garde face aux dérives des partisans de la cause animale. Tout en soulignant la nécessité de prendre en compte le bien-être animal au niveau de la production agricole et en particulier des abattoirs, il a insisté sur l’importance d’avoir de la force et de la cohérence sur des sujets émotionnels et philosophiques qui pourraient à terme impliquer la suppression des animaux domestiques.

 

Au terme de cet échange, Stéphane Le Foll n’a pas affiché de regrets  sur son ministère qui, a t-il estimé, a nécessité de la présence, de la réactivité, et beaucoup d’investissement. « J’ai mené une politique à laquelle je croyais, en axant sur la dynamique collective et le partage dans les choix stratégiques et les investissements » a t-il indiqué. Combiné avec le porte-parolat du gouvernement dont il a eu la charge dès 2014, Stéphane Le Foll a avoué « cela n’a pas été facile. Il y a eu suffisamment de crises, beaucoup de choses à gérer, avec des agriculteurs en souffrance ».