Vers une agriculture collaborative Publié le 20 janvier 2017 par Jean-Marie SERONIE

Le métier d’agriculteur devient beaucoup plus complexe et mobilise des compétences beaucoup plus larges qu’auparavant. Ainsi les chefs d’entreprises agricoles doivent-ils augmenter leur efficacité économique et environnementale mais aussi apprendre à gérer eux-mêmes leurs risques.

 

Ces deux dimensions doivent se trouver aujourd’hui au cœur de chaque décision, quotidienne comme stratégique. Ce que je décide augmente-t-il ma valeur ajoutée créée par heure de travail ? Cela contribue-t-il à accroître ou réduire mes risques (techniques, commerciaux, humains ou économiques).

 

Tout cela est fortement anxiogène d’autant que l’agriculture française s’adapte souvent plus difficilement et plus lentement que nos principaux concurrents européens. De ce fait nous perdons en compétitivité.

 

La solution passera beaucoup par une agriculture davantage collaborative

 

L’agriculture française est familiale avec des entreprises de taille petite ou moyenne à l’échelle des grands pays agricoles. Nous sommes très attachés à cette originalité. Pour que cette force, héritée des choix passés, ne devienne pas une faiblesse tragique, la voie d’avenir passe certainement par infiniment plus de partages et d’échanges entre les exploitations agricoles. Ce que l’on peut appeler l’agriculture collaborative ou le « co-farming » signifie concrètement :

 

Privilégier l’usage sur la propriété dans tous les domaines. Ne pas chercher systématiquement à acheter. Partager les investissements par de la copropriété, de la sous-traitance ou de la location. Cela permet de saturer les investissements et d’être certain d’avoir des équipements performants. Cela permet de réduire les besoins financiers, de gagner en agilité et surtout de diminuer les coûts de production.

Conduire des projets en association à plusieurs plutôt que seuls. Pourquoi toujours chercher à investir isolément et de manière indépendante ? Partager des projets permet d’associer des compétences complémentaires et de diviser les risques. Cela permet également très souvent de mieux organiser son temps de travail.

 

C’est une évolution exigeante que le numérique va certainement faciliter. Par contre attention, au mirage aux alouettes, une technologie ne peut en aucune manière être le moteur d’une telle transformation. Pour bousculer nos habitudes il faut la motivation, l’ambition, la volonté, l’envie des hommes et des femmes qui demain voudront échanger et travailler ensemble dans cette agriculture collaborative. Elle sera certainement plus efficace économiquement comme au plan environnemental. Elle sera surtout beaucoup plus sécurisante, plus facile et plus agréable à vivre.

 

Jean-Marie SERONIE, administrateur de saf agr’iDées

@SAFThinkTank