Réalisme et pragmatisme pour avancer Publié le 18 novembre 2016 par MATHERON Gerard

L’actualité du 60ème Congrès des producteurs de légumes de France qui se déroule  actuellement en Guadeloupe, permet d’une part le rapprochement des problématiques de production sur l’ensemble de nos territoires  de France, et d’autre part est l’occasion de souligner l’intérêt des départements français d’outre-mer (DOM) pour l’économie de notre pays.

 

L’agriculture occupe dans ces territoires une place majeure, voire existentielle tant au niveau économique que social mais aussi environnemental et sociétal. Des valeurs sont aussi partagées : valeurs comptables certes mais aussi valeurs sur les produits, sur leur mode de production et sur l’image véhiculée par chacun d’entre eux. Ce Congrès est l’occasion de confronter des questionnements métropolitains et domiens qui finalement se rejoignent beaucoup plus que l’on pourrait le croire. Pour sa part, saf agr’iDées a présenté ses analyses pour un développement de agricultures des DOM dans une Note qui vient de paraître.

 

Un des points saillant des travaux de ce 60ème Congrès concerne la difficulté posée par des réglementations européennes aux contraintes croissantes, fréquemment incompréhensibles, disparates entre les pays membres et tolérantes vis à vis des pays tiers. L’Europe représente certes « la carotte » des légitimes et indispensables soutiens aux agriculteurs. Oui, l’Europe doit plus que jamais accompagner l’agriculture sur les bases d’une politique agricole nationale (dont il faut bien reconnaître que nous avons parfois encore du mal à en percevoir les contours en France). Mais cette politique finalement conduit les producteurs à être dans une posture de quémandeurs alors qu’ils sont une force qui devrait, au contraire, être financée en reconnaissance de sa contribution majeure à l’économie et à la vie de notre communauté. L’Europe, c’est aussi « le bâton » de règles drastiques de plus en plus contraignantes dont le coût est plus supporté par les producteurs que par ceux qui conduisent à les imposer.

 

Comment ne pas être choqués lorsque l’Europe autorise (voire encourage par des accords globaux avec certains pays tiers), la présence sur nos tables d’aliments qui sont produits avec des molécules qu’elle même interdit ? Comment ne pas être surpris de l’hétérogénéité, de la non harmonisation des autorisations et des labels au sein même de l’Union Européenne ? Comment ne pas regretter que nos producteurs servent en fait de monnaie d’échange lors de complexes accords commerciaux avec des pays aux contraintes réglementaires laxistes qui entrainent une concurrence déloyale, des circuits de distribution douteux ou des appellations fallacieuses ?

 

Platon ne disait-il pas que la plus grande injustice est de traiter également des choses inégales ?

 

Gérard Matheron est administrateur de saf agr’iDées

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