Nouvelles technologies agricoles : pourquoi la France a(urait) tout pour réussir Publié le 8 décembre 2017 par P. POULLAIN & F. DELAGE

Plus un jour ne semble s’écouler sans qu’une déclaration ministérielle, un article, ou un tweet ne vienne célébrer « l’ambition mondiale » de l’agtech française[1].

 

 

Scénario plaisant, tant la rencontre opportune de deux piliers économiques de l’Hexagone (la technologie et l’agriculture) sembleraient enfin réunir deux mondes autrefois opposés. Une perspective heureuse qui, en cette période de crise profonde de notre modèle agricole et alimentaire représente pour certains un remède « miracle » aux maux d’une agriculture en mal de d’orientations.

 

 

La France est bien dotée : instituts de recherches dédiés, écosystème agtech foisonnant, moyens publics signifiants et de façon très certaine, le plus beau terrain de jeu  mondial où s’affairent d’excellents agronomes et techniciens.

 

 

Pourtant, sur les grands rendez-vous internationaux, ce sont davantage les charrues françaises qui brillent que nos solutions connectées. Même silence et mêmes absences, lorsqu’on en vient à évoquer la faiblesse historique de l’offre française vis-à-vis de concurrents bénéficiant de puissances de calculs supérieures et  surtout d’outils (tracteurs / semences / produits de traitements / robots de traites) qui rendent le service agtech cohérent et donc séduisant.

 

 

Le monde est ouvert, et la donnée n’a pas de frontière. Le jeu est global et sans demi-mesure. Ces incidences, sur nos filières (gestion du conseil, marché des semences, traçabilité, prévision de récoltes etc.) et sur notre souveraineté alimentaire sont bien connues.

 

 

Dans cette équation, la place de la France semble très relative et la probabilité d’imposer une solution face aux acteurs internationaux liés aux grands semenciers (ClimateCorp), aux machines (alliance F4F/365Farmnet) ou face aux mouvements descendants des acteurs du commerce numérique (Alibaba) est extrêmement ténue.

 

 

Seule la création d’un mastodonte Français permettrait à l’Hexagone de vraiment jouer le jeu international. La capacité de présenter une offre intégrée à forte dimension industrielle, en alliant les forces de nos opérateurs télécoms, des acteurs de la donnée, des fleurons des secteurs connexes (environnement / énergie) à une expertise « tech-agronomique » made in France pourrait offrir une chance de s’imposer sur l’échiquier mondial.

 

 

Les facteurs de réussite sont nombreux. Pourtant avant de pouvoir chanter « cocorico », il semble urgent, de mettre fin à la dispersion des initiatives, fussent-elles innovantes et de se positionner avec stratégie et intensité sur le marché mondial. C’est l’heure des choix entre l’illusion et le réalisme2, entre l’orgueil national et l’audace culturelle et in fine entre l’acceptation et la maîtrise de notre futur alimentaire.

 

 

 

Pierre Poullain et Fabrizio Delage-Paganini, fondateurs de Valeur-Tech, adhérents saf agr’iDées

 

 

[1]    http://agriculture.gouv.fr/lagriculture-numerique-francaise-une-ambition-mondiale

2  Voir aussi l’agr’iDébat du 19 septembre 2017 « AgTech entre promesses et réalités » https://www.safagridees.com/evenement/agtech-entre-promesses-realites/

 

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