Evitons les mélanges et la confusion Publié le 14 novembre 2017 par Damien BONDUELLE

Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il n’y a plus une agriculture mais des agricultures. La nature des produits, la diversité des marchés, la multiplicité des types d’entreprises agricoles, tout ceci est devenu réalité. Il n’y a plus de modèle et chaque analyse sur l’entreprise agricole doit se faire en prenant en compte ses productions et structures, son management et son mode de gestion, son implantation géographique, et les marchés qu’elle veut atteindre.

 

Deux exemples récents me viennent à l’esprit pour illustrer cette préoccupation, touchant des projets d’investissement qui ont suscité diverses réactions de la part de membres de la société civile et de représentants d’associations syndicales :

 

  • le premier exemple est le projet d’installation d’une plateforme de 4000 bovins à côté de Digoin en Saône et Loire. Le commissaire enquêteur émet des doutes sur l’intérêt économique de cette future « ferme », tandis que des représentants syndicaux considèrent ce modèle trop différent de l’agriculture locale. Au-delà de l’opinion sur le bien-fondé ou pas de ce projet, je suis plutôt préoccupé par le type d’argumentation du public, s’arrêtant beaucoup plus sur des aspects de ressenti, sur les aspects environnementaux ou de prophylaxie, dont on peut imaginer qu’ils seront des points incontournables du dossier. L’intérêt économique justifiant l’investissement d’un outil moderne face à un besoin de positionnement sur le marché d’exportation est complètement occulté et passé à un degré secondaire.

 

  • le deuxième exemple fait le constat de concurrence foncière forte sur une région d’herbage entre des producteurs de nature très différente. Les uns sont producteurs de produit fromager en zone d’appellation où le prix de vente apporte toute sa contribution économique, mais dont le développement est foncièrement gêné par l’implantation sur leur territoire d’éleveurs de régions voisines recevant des primes d’accompagnement importantes. Quid de la gestion de territoire permettant de privilégier les entreprises dont les schémas économiques sont naturellement autonomes ?

 

Pour éviter les jugements hâtifs, il nous faut mettre toute activité agricole face à son propre marché et y vérifier la logique économique dont elle tire sa performance en termes de pérennité et de développement. Même si les critères sociétaux restent prioritaires touchant des sujets essentiels, la rentabilité – voire la « vivabilité » – de tout projet d’investissement ou d’installation doit être le critère essentiel à retenir dorénavant. La taille, la méthode culturale ou d’élevage, le choix de mise en marché, le mode de financement ou même le type d’utilisation foncière seront toujours à placer dans un contexte économique concrètement défini et validé en pleine autonomie, projet par projet. Tout cela paraît tellement évident, et pourtant la confusion semble malheureusement persister.

 

 

Damien Bonduelle, Président de saf agr’iDées

@SAFThinkTank