Boom de la bio Publié le 23 février 2017 par LE MORVAN Yves

Comment toucher les dividendes du développement de la bio, sans payer la rançon du succès ?

 

La consommation alimentaire des produits bio est en pleine expansion en Europe et en France où son chiffre d’affaires a atteint 7 Mds d’€ en 2016. Certes cela ne représente encore que 3% du marché alimentaire de notre pays, mais la progression est fulgurante : +20% par rapport à 2015. En Allemagne, pays leader, les ventes atteignent 9,5 Mds d’€ pour 5% du marché alimentaire.

 

Du point de vue du consommateur, le concept-clé est celui de la confiance. A l’opposé de la défiance qui s’est emparée de nos concitoyens vis à vis de l’agroalimentaire à l’issue de scandales alimentaires, nourrie aussi de l’incompréhension envers l’agriculture d’aujourd’hui, en décalage avec l’image d’Epinal souvent diffusée.

 

Cette confiance dans l’agriculture biologique s’est aussi construite sur un socle positif d’engagements contrôlés. Que cela soit clairement établi ou sujet à débats, les produits bios bénéficient d’un fort crédit en matière d’environnement, de naturalité,  de santé…à cela s’ajoutent par extension l’emploi, la proximité…

 

En France, la production essaie de suivre le rythme effréné de la consommation. Plus de 32.000 exploitations agricoles s’investissent dans les filières bio (+12% en un an) en opérant sur 1,54 millions d’ha (+16% sur un an), soit 5,7% de la SAU. Cette progression vaut pour toutes les filières agricoles, animales et végétales. Elle exprime tant une volonté de sortir de filières conventionnelles sujettes à crises économiques que la recherche de marchés plus rémunérateurs, et l’attrait d’un itinéraire de production en osmose avec une demande sociétale.

En conséquence, les profils des producteurs bio se diversifient, leurs attentes et valeurs peuvent être différentes. Et les financements publics des aides bio trouvent leurs limites avec le nombre de conversion car la dépendance aux aides concerne aussi l’agriculture bio. Quel relais dans un avenir budgétaire moins bien doté ?

 

La bataille de la confiance est aujourd’hui gagnée, il faut gagner celle de la valeur.

 

La configuration actuelle des filières bio où la demande tire l’offre permet le plus souvent de valoriser la production, même avec des coûts plus élevés. Cela vaut aussi pour les différents acteurs de la chaîne alimentaire.

Cependant chacun peut s’interroger sur l’équilibre à venir de l’offre et de la demande dans certaines filières bio avec les risques induits de retournement, de volatilité et de destruction de valeur.

Dans un autre scénario, positif et prévoyant la continuité de la croissance de la consommation bio, chacun doit s’interroger également sur le changement d’échelle des filières qui fera évoluer la taille des entreprises, leur mode opératoire, leurs relations contractuelles. La banalisation comportementale guette et ferait entrer en sympathie les relations commerciales entre opérateurs conventionnels, qui sont parfois antipathiques, avec celles entres opérateurs bio qui demeurent construites sur l’addition de valeur.

 

Si les acteurs des filières bio n’y prennent garde, la rançon de leur succès et de leur changement de dimension pourrait paradoxalement être un appel à la pression sur les prix et l’apparition de pratiques contractuelles contestables. En travaillant  à la durabilité de leur éco-système, à la résilience de leurs relations intra filières, les entreprises  de toute la chaîne alimentaire bio, de la production à la distribution, pourraient essayer de conjuguer pour l’avenir croissance et valeur.

 

 

Quand on bénéficie de cet étalon-or qu’est la confiance du consommateur, il faut prendre ce pari collectif et œuvrer sur cette nécessaire résilience des filières bio. C’est sur cet angle précis que le think tank saf agr’iDées compte d’ailleurs orienter prochainement une partie de ses réflexions et travaux.

 

 

Yves Le Morvan, Responsable Filières et produits à saf agr’iDées

@SAFThinkTank