Un jour, une idée “Le prix de la liberté”Publié le 8 juillet 2017 par agriDées

« Hier matin, j’ai vu des cochons. Des cochons en plein air. Ils couraient, ils dormaient à l’ombre d’un pommier, ils mangeaient… comme des cochons. Leurs éleveurs semblaient sereins. Ils étaient 4 pour 15 cochons, 4 vaches et 35 chèvres. 4 sur 18 hectares à transformer leur lait en fromage, leurs cochons en rillettes, leurs céréales en pain. Le porc ? Ils le valorisent à 10 euros le kilo. Le lait ? A dix fois plus que le prix imposé par les laiteries. Ils étaient 4 à vivre bio
et bien.

 

Hier soir, j’ai vu des cochons. Des cochons à la télévision. Des porcs bien gros et bien roses entassés sur des caillebotis en béton. Des bêtes que l’on traite et re-traite aux hormones et aux antibio. Des bêtes que l’on coupe en dés de jambon aux exhausteurs de goût. Des bêtes que l’on réduit à un débat de quelques centimes d’euros le kilo.

 

D’une chaîne de télé à l’autre, des cours de fermes aux ministères, la crise de l’élevage revient régulièrement sur le devant de la scène, étendard d’une agriculture toute entière malmenée.

 

A chaque crise, la profession tente d’éteindre le feu avec quelques centimes, en sortant les billets pour s’acheter la paix. Jusqu’à quand ? Et s’il ne fallait pas plutôt redonner aux agriculteurs les moyens de reprendre en main leur destin ? Leur donner la confiance, les armes et les outils pour qu’ils puissent bâtir leur avenir. Ne plus opposer les modèles mais ouvrir le champ des possibles. Ensemble, construire la transition.

 

La France compte 20 000 producteurs de porcs. Certains tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. Ce sont ceux qui ont vu passer les précédentes crises et pris d’autres chemins pour ne plus jamais y être confrontées. Ceux qui produisent moins et mieux. Ceux qui préservent nos sols et nos cours d’eau, ceux qui transforment leurs bêtes en boudins ou andouillettes. Ceux qui commercialisent en circuits courts. En faisant le choix de la vente directe, ils ont actionné un formidable levier : celui de fixer eux-mêmes leurs prix. Le prix de leur liberté ».

Marc-David Choukroun, PDG de La Ruche qui dit Oui !

 

 

Contribution extraite du livre collectif “150 idées pour la réussite de nos agricultures“, édité par saf agr’iDées en juin 2017, dans la thématique : “Agriculture et société”, page 14. L’auteur est seul responsable du contenu de sa contribution.

 

 

 

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