Un jour, une idée “Eloge de la diversité agri-culturelle”Publié le 15 juillet 2017 par Saf agr'iDées

« Fut un temps, pas si lointain, où l’activité agricole faisait le pari de la diversification. Auréolée d’un caractère multifonctionnel, elle cherchait à ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Dans cet élan, les exploitations françaises ont ajouté à la vente de produits agricoles une touche de fourniture de services (tourisme, production d’énergie, entretien du paysage). Cette mutation a été l’occasion de redécouvrir nos campagnes comme des espaces de vie et non pas seulement de production.

 

L’extraordinaire multiplication des itinéraires a entraîné la diversification de l’agriculture elle-même : d’un objet unique en son genre, elle est devenue un phénomène pluriel. Nos agricultures – car elles nous appartiennent un peu – empruntent désormais des chemins différents, qui ne sont plus tout tracés. A quelques encablures les uns des autres, les agriculteurs exportent à l’international, contractent avec l’industrie agro-alimentaire, voire se convertissent à l’agriculture biologique et/ou à la vente directe. Des fermes, il en existe désormais de toutes les façons, de toutes les tailles, de toutes les origines (familiale ou hors-cadre) et pour tous les goûts… C’est, à n’en pas douter, cette diversité qui a permis à la production agricole française de ne pas sombrer totalement et, à l’inverse d’autres pays voisins, de conserver son âme.

 

La diversité, quand elle ensemence les champs, ouvre de nouvelles perspectives, qui rompent avec la pensée agronomique unique incarnée par la monoculture. En remettant à l’honneur les vertus de la complémentarité et de l’association des productions (polyculture-élevage, agroforesterie, permaculture), l’agriculture expérimentale s’inspire des écosystèmes pour décupler les rendements, protéger les sols et économiser de l’énergie.

 

La diversité, si elle est une chance, implique cependant un nouveau défi : celui du « commun », comme antidote au communautarisme. Hétérogène et fragmenté, ce monde agricole moderne a plus que jamais besoin de se réunir autour de valeurs et de principes partagés. Un nouveau contrat social, sorte de « contrat socle », doit relier nos systèmes productifs au reste de la collectivité : l’autonomie économique et énergétique, le rapport au terroir et au territoire, ainsi que la contribution au respect de la biodiversité pourraient en être les premiers commandements. »

 

Benoît GRIMONPREZ, Professeur à l’Université de Bourgogne

 

Contribution extraite du livre collectif “150 idées pour la réussite de nos agricultures“, édité par saf agr’iDées en juin 2017, dans la thématique : “Agriculture et société”, page 21. L’auteur est seul responsable du contenu de sa contribution.