4e Assises de la Coopération et du MutualismePublié le 9 février 2017 par Yves LE MORVAN

“L’emploi des jeunes, ubérisation, coopération et mutualisme”  : c’est sur ce thème que de nombreuses personnalités ont pu débattre lors des 4e Assises Internationales de la Coopération et du Mutualisme, organisées le 3 Février dernier  à l’Université Paris Dauphine.

A un moment où la “valeur travail” et la politique de l’emploi font débat public et entraînent les candidats à l’élection présidentielle à faire des propositions fort dissemblables, ces Assises largement tenues devant des étudiants auscultaient l’évolution du salariat ou des services avec l’irruption du digital et posaient la question de l’originalité des coopératives et des mutuelles.

En introduction Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT souligne qu’avec les incertitudes actuelles, les ruptures technologiques , la vraie question est “le progrès est-il encore possible ?”

Pour lui la réponse est positive mais dans un monde avec plus de régulation, de transition écologique, et en réinventant l’entreprise où il y a trop de statuts et pas assez de possibilités d’évolution. La CFDT a réalisé une enquête auprès de 200.000 salariés qui confirme l’attachement au travail, avec du sens, de l’émancipation individuelle et collective, mais aussi une organisation de l’entreprise plus horizontale que verticale.

Le digital a sa place dans cette horizontalité.

Selon Olivier Klein, DG de la Bred, nous faisons face à 2 grandes inquiétudes en matière d’emploi, la mondialisation et le digital.

Sur la mondialisation le sujet n’est pas que celui du coût du travail. Pourquoi est-ce que les USA, la Suisse…approchent-ils le plein emploi et pas la France? la réponse est dans le mix qualité/prix du travail.

Le digital amène la révolution des clients. Les contacts dans les agences bancaires sont profondément changés, d’ailleurs 70% des clients n’y vont plus pour des activités transactionnelles. Par contre il y a une forte attente de services et de relationnel. La banque y répond par la formation des salariés. Ainsi l’entreprise rénove son offre, dans un cadre collectif et social, alors qu’ “Uber” entraîne le risque d’isolement.

Pour Frédéric Mazzela, fondateur de Bla Bla Car, il n’y a pas de “dictature”des clients avec le digital, mais une approche plus communautaire, plus transparente des relations clients/usagers.

Il a rappelé qu’une voiture en France coûte en moyenne, amortissement compris, 5.500€/an. Pour 38 millions de véhicules cela  représente donc 200 milliards d’€/an. Un fabuleux marché…Pour mémoire une automobile est dans l’année à 96% en repos, 0,7% en recherche de parking, 0,5% dans un bouchon…et roule à 2,8% de son temps. Bla Bla Car  est né de ce constat.

Bla Bla Car, c’est aujourd’hui 500 emplois issus de la gestion de plateforme, connectique, digital… Souvent des métiers qui s’inventent eux-mêmes. Le digital crée de l’emploi.

Quant à la spécificité des coopératives et des mutuelles, Nicolas Théry Président de la Confédération du Crédit Mutuel en a souligné la vision à long terme, la puissance, le vivre ensemble, et la proximité.Sur ce dernier point 98% des décisions concernant les clients sont prises dans leur agence. Et 50% des directeurs d’agence ont commencé leur carrière “au guichet”. Pour ce faire, la formation représente 6% de la masse salariale du Crédit Mutuel.

Stéphane Junique, Président d’Harmonie Mutuelle, 1ère mutuelle en matière de santé en France, a souligné également l’impact de la formation pour “des gens ordinaires qui peuvent ainsi prendre des responsabilités”. Lui même étant infirmier de formation et désormais président de la mutuelle. Proximité et formation une recette qui marche.

Conclusion : le travail n’est pas mort, il évolue avec son temps !